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Les mains dans le cambouis pour baisser la facture

Faire réparer sa voiture est devenu un luxe pour beaucoup d'automobilistes. Alors ils n'hésitent plus à pousser la porte des self-garages, des garages en libre-service. Ici, le client se remonte les manches, fournit l'huile de coude et les pièces de rechange. Et pas besoin d'être un as de la mécanique, le garagiste partage son savoir-faire.

Quand on pousse la porte du self-garage de Marlenheim (à 20 km de Strasbourg), on s'attend à trouver des mordus de mécanique, penchés amoureusement au-dessus du capot de leur voiture, préférant l'entretenir eux-mêmes plutôt que de la laisser aux mains d'un professionnel. Mais il n'en est rien. Et les clients le disent sans détour, ils sont tous là “pour faire des économies”. L'idée est simple, dans un self garage ou garage en libre-service, le client devient mécanicien. En effectuant lui-même les réparations, il économise au moins le prix de la main-d'œuvre, qui varie entre 50 et 70 euros de l'heure en moyenne.

LE PRIX DE LA RÉPARATION AUTOMOBILE EXPLOSE

Selon l'INSEE, entre 1990 et 2010, le prix de la réparation automobile a explosé, enregistrant une hausse de 65 % sur la période, soit trois fois plus que l'inflation. Et rien que sur l'année 2012, le coût de l'entretien et de la réparation a bondi de 3,5 %. Les Français ont bien du mal à suivre. Outre le coût de la main-d'œuvre, le prix des pièces de rechange est en cause. Il a progressé de 8 % en 12 ans alors qu'il baisse chez nos voisins européens. Aussi l'autorité de la concurrence a-t-elle lancé une enquête sur le secteur en 2011. Dans ses conclusions, publiées en octobre 2012, elle pointe un marché français de l'après-vente automobile “pas assez concurrentiel”. En effet, en France, les pièces visibles (carrosserie, phares, pare-brise, rétroviseurs…) sont protégées au titre “du droit des dessins, modèles et du droit d'auteur”. Seul le constructeur peut les distribuer aux réparateurs, ce qui entraîne “un monopole légal sur 70 % des ventes de pièces”, souligne l'Autorité de la concurrence qui proposait de lever progressivement cette protection, non pour les pièces de première monte, mais pour les pièces de rechange. Elle préconise une ouverture progressive du marché, sur cinq ans, à l'instar de la “clause de réparation” adoptée déjà par 11 pays européens. Cette libéralisation du marché, qui devrait entraîner une baisse des prix des réparations pour les automobilistes pourrait engendrer une hausse d'activité pour les garages français. Mais les constructeurs ne l'entendent pas de cette oreille. Pour eux, l'ouverture à la concurrence du marché des pièces détachées aurait de graves conséquences sur le tissu industriel et l'emploi… Pour l'heure, constructeurs et équipementiers négocient. Statu quo. Du coup, côté consommateurs, le système D bat son plein et les self-garages, garages solidaires, participatifs ou encore associatifs poussent comme des champignons dans l'Hexagone.

DE SUBSTANTIELLES ECONOMIES, -50 % AU MOINS

“Le concept marche fort parce que c'est la crise… Puis, les gens sont de plus en plus méfiants vis-à-vis des garages traditionnels. Beaucoup arrivent chez moi avec un devis exorbitant, sur lequel figurent des changements de pièces qui, après vérification, ne sont pas du tout nécessaires”, explique Thierry Aron, qui a ouvert son self garage, AKTS-auto, en 2011. Et en deux ans, il totalise déjà 4 000 clients, un volume équivalent à un garage employant trois mécaniciens. Sauf que là, il est le seul professionnel. Alors il passe d'un poste de travail à l'autre, explique à l'automobiliste ce qu'il faut démonter, avec quel outil, pourquoi. Le grand gaillard aime transmettre, il n'est pas avare d'astuces quand une pièce résiste. Cinq ponts sont à disposition des clients, loués pour 15 euros de l'heure avec tout l'outillage nécessaire. Un ancien directeur de concession automobile, reconverti dans l'immobilier, change les disques et plaquettes de frein de sa voiture. Un plaisir ? “Sans plus”, souffle-t-il. “Une vraie corvée, oui !”, lance son beau-père venu lui donner un coup de main. Son garagiste lui demandait 300 euros, des tarifs qu'il connaît bien, mais en passant par le self-garage, il divise la facture par deux. Il est venu avec ses pièces de rechange, commandé sur oscaro.com. Un site Internet qui vend des pièces neuves et d'origine à prix cassé, en se fournissant directement chez les équipementiers. Sinon, Thierry propose aussi des pièces neuves, avec des remises de 30 à 40 % par rapport au prix public. Il répercute les tarifs spéciaux dont bénéficient les garagistes.

LES FEMMES, LES NOUVEAUX MÉCANOS DU SAMEDI

Les bras tendus sous une petite Fiat qui n'est plus toute jeune, Olga fait la vidange. Elle s'attaquera ensuite au monospace de son conjoint. Lui, cigarette électronique au bec, la regarde en réfléchissant au déjeuner qu'il concoctera en rentrant. Olga est employée de bureau, et mettre les mains dans le cambouis par un samedi matin d'hiver, elle trouve cela “super”. “Maintenant que je sais faire, la prochaine fois, je le fais chez moi, en me glissant en dessous avec une planche à roulettes !”, s'enthousiasme-t-elle, ravie surtout des économies réalisées : environ 50 euros par véhicule. Mais le couple n'en est pas à son premier coup. Un an auparavant, c'est le neiman du monospace qui les a lâchés. Le concessionnaire leur demandait 500 euros pour le changer. Alors Olga a trouvé le self garage dans l'annuaire. “Avec Thierry, on a cherché la pièce et le nouveau jeu de clefs dans les casses auto du coin, puis on est venu le réparer ici”. Bilan de l'opération : 129 euros tout compris. Depuis, ce sont des fidèles. “Il suffit d'être patient et ne pas avoir peur de se salir les mains. Finalement, beaucoup de clients deviennent des habitués”, a remarqué Thierry qui voit de plus en plus de femmes : “elles sont seules et elles en ont marre de se faire avoir. Et puis, elles ne veulent pas être démunies en cas de pépin”. Il a été “impressionné” par cette “jeune commerciale, 1,50 mètre les bras levés, 40 kg toute mouillée”, venue changer sa boîte de vitesses deux semaines auparavant. “Je lui indiquais ce qu'il fallait démonter et elle revenait vers moi deux minutes après pour me demander l'étape suivante ! Elle y a passé sa journée, mais elle y est arrivée.”

NE PAS PAYER LA MAIN-D’ŒUVRE, MAIS NE PAS COMPTER SES HEURES

Car pour certaines réparations, mieux vaut avoir du temps devant soi. Dans un coin de l'atelier, un homme s'arrache les cheveux. Il y a deux mois, il a acheté un break d'occasion, 270 000 km au compteur. Il lui faut changer l'embrayage. Un imprévu pour lequel il a dû poser des vacances. Voilà une semaine qu'il passe toutes ses journées au garage. Il aime à se débrouiller seul, c'est une panne qu'il connaît mais cette fois il est “ennuyé”, il “tâtonne”… Le joint de culasse, c'est la fierté de Gabriel. Une journée entière au garage, toute la partie haute du moteur éparpillée sur le sol… “Heureusement que Thierry était là parce que je n'avais pas mémorisé où remettre toutes les pièces.” Cette fois, ce sont les freins qui sont grippés, la fois d'avant c'était la courroie de distribution et la prochaine ce sera la boîte de vitesses. Il vient au self-garage parce que cela l'“arrange” : “je n'ai pas trop les moyens”, dit-il pudiquement. “Mais je crois que même si j'avais plus de sous, je les garderais pour autre chose et je continuerais de faire toutes les réparations moi-même.” Puis, à chaque fois, il repart avec une voiture qui marche, une nouvelle connaissance et, en prime, un certain sentiment de satisfaction. Et de s'exclamer, enthousiaste : “Ce devrait être un service public, appliqué à d'autres domaines !”.

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