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Sécurité routière
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Le sur-risque des jeunes conducteurs

Que ce soit par simple curiosité, insouciance, manque d’information ou d’expérience, la prise de risque est omniprésente chez les jeunes. Mais du risque à l’accident, la frontière est souvent trop étroite.

TYPOLOGIE D’UN ACCIDENT

Les jeunes sont particulièrement touchés par la mortalité routière. Ils ne représentent que 8,8 % de la population française mais 20,8 % des personnes tuées sur la route.

Les week-ends sont particulièrement meurtriers (43 % des tués âgés de 18 à 24 ans).

Tout comme les nuits (59 % des décès contre 44 % pour les autres classes d’âge). La nuit est intimement associée à la transgression, au plaisir, à la fête et à l’ivresse des sens. Précision importante : une mort sur deux s’explique par le seul comportement du conducteur (en deux ou quatre roues), l’accident n’ayant impliqué qu’un seul véhicule et aucun piéton. Ces conditions dans lesquelles se déroulent les accidents sont quasiment les mêmes dans tous les pays et peuvent se résumer de la façon suivante : dans la nuit du samedi au dimanche, entre 1 heure et 6 heures du matin, trajet retour d’une sortie de week-end (discothèques, pubs, fêtes, bals, soirées entre amis), accident à un seul véhicule impliqué, perte de contrôle en courbe, collision frontale avec un arbre ou un obstacle fixe.

En outre, les analyses d’accidents impliquant les jeunes conducteurs révèlent une inégalité criante : celle du sexe. Sur 10 morts, 8 sont des hommes et 2 sont des femmes. Les accidents de la route représentent 41 % des décès chez les garçons de 15 à 19 ans.

UN SUR-RISQUE QUI S’EXPLIQUE

Dès l’âge de 12 ans, parce qu’il cherche sa propre identité, l’adolescent adopte des comportements d’opposition afin de se différencier de l’adulte. La prise de risque est l’illustration de ce comportement. Le jeune souhaite éprouver et apporter la preuve de ses capacités nouvelles du point de vue du corps, de ses désirs, de ses pensées. C’est entre 15 et 24 ans que la prise de risque est la plus importante. Le jeune va rechercher la nouveauté et la stimulation, telle que la vitesse notamment. Le jeune est alors soumis à des pulsions qu’il met en œuvre dans un environnement et des conditions inadaptées : la route. Il va entretenir, en conduisant un deux-roues ou une voiture, l’illusion de pouvoir maîtriser. La prise de risque s’inscrit dans ce registre et conduit l’adolescent à commettre des actes transgressifs, parfois violents et agressifs avec l’espoir que les adultes prendront conscience de son changement. La prise de risque ou l’absence de perception du risque illustre également la relation difficile des jeunes avec la mort. Ils vivent dans l’instant et la satisfaction de désirs immédiats. Pour eux la mort est difficilement concevable. Paradoxalement, pour être sûrs qu’ils sont vivants, ils vont, pour des cas extrêmes, se rapprocher de la mortalité en adoptant un comportement très dangereux.

Le jeune a également tendance à accepter un niveau de risque plus important que ses aînés.

On retrouve sous cette dimension l’effet du groupe. Augmenter sa popularité, son prestige et maintenir un certain statut au sein du groupe conduit également les jeunes et essentiellement les garçons, à prendre des risques et, notamment, à conduire vite.

ALCOOL, CANNABIS, VITESSE… DES RISQUES SOUS-ESTIMÉS

Les 18-25 ans ont été imprégnés depuis leur enfance par les messages de prévention : alcool, drogues, grande vitesse. Toutefois leur attitude est paradoxale : volontiers moralistes, ils prennent pourtant les plus gros risques sur la route comme le dévoile une étude menée par la Sofrès*. 93 % des jeunes interrogés estiment qu’il est très dangereux de conduire après avoir fumé du cannabis et 83 % qu’il est dangereux de prendre le volant après avoir bu plus de deux verres de boisson alcoolisée. Bien conscient du danger donc, 88 % des jeunes anticipent le retour de soirée et désignent au préalable un “sam”, celui qui restera sobre et conduira au retour. Pourtant, 13 % des jeunes reconnaissent avoir déjà été raccompagnés par un conducteur qui avait bu de l’alcool ou fumé du cannabis. 1 jeune sur 5 avoue avoir pris le volant tout en sachant qu’il était au-dessus du seuil d’alcoolémie légal ou après avoir fumé du cannabis et 36 % d’entre-eux transportaient des passagers.

Les jeunes conducteurs sont aussi très sensibilisés aux dangers liés à la grande vitesse ; 77 % jugent dangereux de rouler à 160 km/h sur autoroute, mais 14 % le font tout de même. En revanche, ils relativisent beaucoup les effets de la fatigue sur la conduite. Ainsi 65 % des jeunes prennent le risque de conduire lorsqu’ils sont fatigués. Un danger réel quand on sait que la somnolence est l’une des principales causes de mortalité sur autoroute.

INEXPÉRIENCE DE LA CONDUITE

Les 2 ou 3 premières années de conduite, les jeunes conducteurs sous-estiment plus le risque dans une circulation fluide que les conducteurs expérimentés. Les jeunes conducteurs identifient aussi bien les dangers proches que les conducteurs plus âgés, mais moins facilement les dangers plus éloignés. Ils ont une tendance à limiter leur exploration visuelle à la zone proche du véhicule. L’inexpérience semble focaliser leur attention sur la maîtrise du véhicule, ce qui altère la perception des dangers potentiels et le traitement de l’information. Plus le niveau de risque perçu est bas, plus c’est un facteur de comportement de prise de risques. À cela se rajoute l’inexpérience de la conduite la nuit. En effet, généralement les jeunes utilisent plus leur véhicule pour les loisirs que pour le travail, ce qui s’inverse chez l’adulte. De plus, les jeunes ont souvent une vie sociale plus active la nuit. Pourtant, un jeune conducteur participe rarement en auto-école à des expériences de conduite de nuit ou sur route en rase campagne.

GÉNÉRATION HIGH-TECH

Les 18-25 ans ne semblent pas avoir conscience du danger que représente l’utilisation du téléphone portable : 57 % des 18-25 ans téléphonent au volant. Dans les faits, 63 % des 18-25 ans consultent et écrivent des sms en conduisant. Pourtant, chercher le téléphone, numéroter, répondre, raccrocher sont autant d’opérations qui constituent de véritables distractions pour le conducteur et sont autant de facteurs de risque pour sa sécurité et celle des automobilistes. Pas facile d’effectuer une manœuvre lorsqu’on n’a pas les deux mains sur le volant ! Qui n’a jamais rencontré un conducteur, combiné à la main, naviguant de gauche à droite et ayant du mal à effectuer une manœuvre ? Qui n’a jamais rencontré un jeune sur son vélo ou son scooter téléphone en main ?

En outre, une conversation téléphonique va avoir une influence sur l’attention portée à la conduite : fixation du regard vers l’avant au détriment de la vision latérale et de l’usage des rétroviseurs extérieurs et intérieurs, allongement du temps de réaction, réduction brutale de sa vitesse qui peut se révéler dangereuse dans un trafic dense… Malheureusement, une constatation s’impose : les jeunes conducteurs qui ont grandi et évolué avec le téléphone portable, semblent avoir les plus grandes difficultés à s’en séparer.

On l’aura compris, un jeune qui ne prend jamais de risque, cela n’existe pas. C’est pourquoi, malgré les résultats très encourageants de ces dernières années, les jeunes restent, et doivent rester, un enjeu primordial de sécurité routière.

*Étude menée en janvier 2012 par TNS Sofrès auprès de 1 100 conducteurs dont 300 jeunes.

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