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Sécurité routière
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L'agressivité au volant, cela se soigne

Au volant, il arrive que même les personnes les plus charmantes se transforment en brutes épaisses, grossières et impulsives. Rien ne doit se mettre en travers de leur chemin. Injures, queues de poisson, dépassement par la droite : voilà pour les symptômes de ce mystérieux mal qui semble s'abattre sur elles.

A la maison, les gros mots sont interdits. Mais en voiture, papas et mamans ne donnent pas toujours l'exemple. 9 automobilistes français sur 10 avouent avoir, des "comportements inappropriés en présence de leurs enfants". Arrive en tête le fait de "s'emporter contre d'autres usagers" pour 63% d'entre eux. D'après le baromètre européen de la conduite responsable 2014, les Français sont particulièrement bien classés en matière d'agressivité au volant : 67 % disent qu'il leur arrive d'injurier d'autres conducteurs (moyenne européenne à 56 %). Et face aux conducteurs qui les "énervent", 34 % avouent coller délibérément leur véhicule, 55 % les klaxonnent de façon intempestive, 14 % vont même jusqu'à descendre de voiture pour s'expliquer... Rien d'étonnant, du coup, à ce que 88% répondent "avoir peur du comportement agressif d'un autre conducteur".

Le pêché originel consiste à considérer "que l'espace temps est compressible en voiture", selon Régis Chomel de Jarnieu, président de l'AFPC, association française de prévention des comportements sur la route, organisatrice de la semaine internationale de la courtoisie au volant et auteur d'une charte sur le sujet. Le conducteur agressif typique est celui qui part en retard mais demeure convaincu qu'il peut arriver à l'heure à destination. "C'est l'effet catapulte : il passe en force, double par la droite, ne met pas de clignotant... Et tout ce qui se met en travers de sa route le crispe et l'énerve. Il renvoie toute la responsabilité sur autrui", décrit-il. Dans des zones mal aménagées, l'excès de règles, chicanes, ralentisseurs, limitations de vitesse, peut aussi accroître l'agressivité. "La coercition excessive crée une aigreur, une frustration. Parfois, il vaut mieux une priorité à droite, où chacun est responsable, plutôt qu'un stop, qui est une invitation à la transgression."

"Sur la route, c'est moi ma gueule et toi ta gueule"

"En montant en voiture, on s'infantilise, on cède aux caprices, on s'affranchit des règles . On renoue en quelque sorte avec un côté animal, primitif. Sur la route, c'est moi ma gueule et toi ta gueule", poursuit celui qui est par ailleurs directeur d'une petite auto-école en banlieue parisienne, et se désole des "ravages" de la conduite accompagnée. "Les jeunes s'abîment beaucoup en 3 000 km, ils reproduisent les mauvaises habitudes parentales".

Pour Jean-Marc bailet, docteur en psychologie du conducteur, la voiture constitue un vrai "défouloir pour les jeunes" : "Ils en bavent toute la journée avec leur chef au boulot, une fois sur la route, ils se sentent à égalité avec les autres et se lâchent." Les meilleurs comportements sont observés au volant des véhicules professionnels, là où les automobilistes "risquent un rappel à l'ordre" de leur patron.

Homme au volant, agressivité au tournant

Le comportement varie aussi selon les occupants de la voiture. La pire configuration, c'est l'homme seul au volant de sa voiture personnelle. La femme est "l'élément modérateur", selon lui. "Elle a un rôle essentiel à jouer, elle est la championne de la sécurité routière et peut se permettre de donner des leçons. Et puis, elle n'oublie pas sa formation au permis alors que l'homme, au bout de quatre ans, se fait son code de la route perso." Les femmes comptent pour un quart des morts sur la route et 18 % des conducteurs à l'origine d'accidents responsables. Pour autant, elles sont toujours victimes des même clichés poussiéreux et sexistes. Difficile alors de s'ériger en gendarme dans l'habitacle.

De la queue de poisson à la bagarre mortelle

"80 % des conducteurs sont relativement respectueux, 15% profitent des opportunités pour commettre des infractions, surtout la nuit, et 5 % sont de vrais voyous", décrit Jean-Marc Bailet qui parle d'un "continuum d'agressivité" qui va crescendo : d'abord le conducteur "grommelle dans sa barbe", puis il "crie seul", ouvre ensuite sa vitre, fait des "gestes obscènes" et, enfin, "le nec plus ultra, il descend de voiture pour en découdre". "Ces quatre dernières années, il y a eu cinq morts à Paris suite à ce genre de bagarres." Son conseil : verrouiller les portières et fuir. Il vient de publier Zen au volant, un ouvrage accompagné d'un CD de relaxation. "Après 40 ans de prévention routière, cela cartonne encore. Il est temps de s'attaquer à la gestion des émotions au volant, du stress, c'est ainsi que l'on sauvera des vies". Le chercheur a équipé des conducteurs de capteurs cardiaques avant de les confronter à des "comportements antisociaux" : queue de poisson, agressivité verbale, un véhicule qui colle à l'arrière. A chaque fois, le coeur s'emballe. "La liaison avec le cerveau est brouillé et on fait n'importe quoi", résume-t-il.

Dans l'auto-école de Régis Chomel de Jarnieu, on apprend la courtoisie, qui rapporte désormais un point de bonus à l'examen du permis. Il enseigne à ses élèves un savoir-faire mais aussi un "savoir-être" : les gestes de main pour inviter un piéton à traverser, laisser la priorité à une voiture, remercier, dire pardon. Des éléments de conversation au même titre que les clignotants et les feux stop. Il milite pour un "vivre-ensemble" sur la route, qui concerne tous les usagers, automobilistes, piétons, cyclistes, motards... "Le respect du code de la route est un préalable indispensable", insiste-t-il, "le dialogue ne peut advenir que dans un climat de sérénité, quand chacun se responsabilise."

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