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La voiture sans permis séduit les jeunes… et leurs parents

Longtemps considérée comme ringarde et réservée aux personnes âgées, la voiturette connaît un bel essor auprès des jeunes, notamment depuis le premier confinement.

Plus sûre qu'un deux-roues motorisé ou qu'une trottinette électrique, elle rassure les parents, et convainc les plus jeunes grâce à un design de plus en plus séduisant et de beaux équipements.Elles ont le chauffage, parfois la clim', le bluetooth surtout. Elles ont un bon look qui n'a plus rien du vieux pot de yaourt. Même le magazine très tendance GQ a consacré un article sur les voitures sans permis les plus cool ! Elles sont accessibles dès 14 ans depuis 2018, sont synonymes de liberté et d'un semblant d'émancipation. Dans le cœur des jeunes - et de leurs parents - la voiturette (quadricycle à moteur assimilé à un vélomoteur) prend du galon.

Rien qu'en Corse, les immatriculations des voitures sans permis (VSP) ont presque doublé entre 2016 et 2020. Selon AAA Data, expert des données sur le parc automobile français, les ventes ont augmenté de 45 % dans le Var et les Alpes-Maritimes et de 30 % dans les Bouches-du-Rhône. Au total, 15 500 VSP ont été immatriculées en 2020 en France, contre 13 000 en 2016 (+ 16 %). Une tendance que confirme Olivier Tonadre, gérant des trois garages Aixam dans la métropole de Lyon, dont deux viennent d'ouvrir : de 60 voiturettes neuves et 35 d'occasion en 2020, il est passé à 150 commandes fermes en novembre. « Je suis installé depuis sept ans. Quand j'ai ouvert, l'idée était de développer ce marché de niche sur la région lyonnaise. Au départ, j'en vendais deux ou trois. Rien que le mois dernier, j'en ai vendu 30. »

Effet Covid et démocratisation de l'usage

Les raisons de ce succès selon le spécialiste ? « Plusieurs facteurs entrent en jeu. Tout d'abord les voitures sans permis séduisent aujourd'hui par leur design, elles ont de plus en plus d'options, avec même des caméras de recul, précise-t-il. Je ne pense pas que cela soit un effet de mode, nous avons beaucoup de retard par rapport aux jeunes italiens ou espagnols par exemple. Mais cela se démocratise ! Depuis le Covid, les gens essaient d'éviter les transports en commun, les jeunes ont un souci d'autonomie, les parents n'ont pas forcément le temps de faire les trajets et cela les rassure par rapport aux scooters. »

En effet, la carrosserie « protectrice », les équipements de sécurité comme les ceintures et la vitesse bridée à 45 km/h sont autant de « bons points » perçus comme plus rassurants par les jeunes utilisateurs et leurs parents. Sans permis ne veut par ailleurs pas dire que leur conduite n'est pas soumise à réglementation.

Le budget ? Il faut compter entre 6 900 € et 16 000 €. Bien plus que pour l'achat d'un scooter. « Mais ce n'est pas réservé qu'à la jeunesse dorée, constate Olivier Tonadre. Parmi ma clientèle, j'ai des parents qui ne roulent pas sur l'or, mais dont les enfants font leur apprentissage ou leur bac pro à plusieurs kilomètres de leur domicile et commencent très tôt. Ils jouent alors avec les financements. » La voiturette perd aussi moins de valeur qu'une voiture classique. « Autour de moi, les voitures sans permis se transmettent entre frères et sœurs aussi, et mes copines qui les ont revendues l'ont fait à bon prix », souligne Mathilde Rovida, 21 ans. La jeune femme, qui fait désormais ses études à Paris, a une voiture sans permis depuis l'âge de 16 ans dans le sud de la France, dont elle est originaire. « Saint-Raphaël est très mal desservi en transports, ma mère ne voulait pas du tout que j'aie un scooter, mais ne pouvait pas non plus m'emmener et me chercher au lycée, confie-t-elle. La voiturette la tranquillisait et cela m'a permis de gagner en indépendance. J'étais dans un lycée privé, je n'étais pas la seule à en avoir une, ce n'était pas du tout considéré comme ringard ! Mais on l'a acheté d'occasion, car c'est quand même très cher neuf. Je sais en revanche que l'on ne perdra pas grand-chose en la revendant. » Quand elle retourne dans le sud pour les vacances, Mathilde reprend son « pot de yaourt » avec plaisir ! « Je n'ai jamais eu le temps de passer mon permis, mais elle fait l'affaire, je suis allée plusieurs fois à Saint-Tropez par la route des plages avec. Je recommande vraiment l'expérience, c'est top pour les trajets du quotidien quand tu as 16-18 ans. En revanche, quand tu grandis et que tu as envie d'aller plus loin sans prendre le train ou Blablacar, c'est mieux de passer son permis ! »

Des modèles de base à customiser…

Arrivé en 2020, le modèle de voiturette 100 % électrique de Citroën, l'AMI, a démocratisé le marché, avec un prix d'appel à 6 900 € auxquels ont déduit les 900 € de bonus écologique. La marque française déclarait ainsi dans Le Point : 77 % des acheteurs sont « une famille avec 2 adolescents, multimotorisés », l'Ami étant « le 2e ou 3e moyen de mobilité du foyer », avec « plus de 40 % des utilisateurs qui ont moins de 18 ans ».

Mais des citadins plus âgés se laissent aussi séduire. Aurélie Rigaud, dynamique attachée de presse à Strasbourg et résolument urbaine, a toujours circulé à vélo, en tram ou en Vespa, avant d'avoir un véritable coup de cœur pour l'AMI. « Après la première vague de Covid, on était tous moins enclins à prendre le tram, rappelle-t-elle. J'ai vu l'AMI sur un parking de centre commercial, et j'ai craqué, d'autant qu'il y en avait encore aucune à Strasbourg ! » Si elle en voit beaucoup à Paris ou Nice, c'est encore moins le cas dans la capitale alsacienne bien desservie en transports en commun et en pistes cyclables. « C'est vrai qu'elle est régulièrement prise en photo ! Du coup, j'ai même floqué le logo de mon agence sur ma voiture », sourit-elle. Après des années en scooter, Aurélie se réjouit de circuler à l'abri des intempéries, « avec une conduite simple et sympa. » Pour son fils de 11 ans aujourd'hui, elle n'hésiterait pas : « Je serais plus rassurée que de le savoir en scooter. » Reste encore des « détails » à améliorer : « un toit ouvrant par exemple pour compenser le fait qu'elle n'ait pas de clim, car en été, il fait vraiment chaud, vu que les fenêtres s'ouvrent en oscillo comme dans les 2CV. » Aurélie a aussi customisé son modèle avec un rétro central, un porte smartphone.

Reste aussi à sensibiliser les assureurs sur ces véhicules sans permis. « J'avais l'impression qu'ils ne comprenaient pas ce que c'était ! Et je paye beaucoup plus cher que pour ma Vespa, 65 € par mois contre 25 €, alors que je me sens davantage en sécurité en AMI. »

Seule condition pour conduire une voiturette : passer le brevet de sécurité routière, ou permis AM, soit 8 h minium de pratique et de théorie. « C'est assez peu, estime pour sa part Mathilde. En huit heures, je ne me sentais pas prête et j'ai pris 5 h de cours en plus. Il n'y a aucune obligation à prendre davantage d'heures, cela devrait évoluer. » Elle y est d'autant plus sensible qu'elle a eu un accident : « Une voiture m'a percutée et ma voiturette était pliée en deux. Elles restent moins solides qu'une voiture. »

À deux-roues, en trottinette, en voiture ou en voiturette, sur la route, la prudence reste de mise.


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