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Sécurité routière
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Sur la route de l'école

Votre enfant a 7 ou 8 ans et veut commencer à se rendre tout seul à l’école ? Est-il vraiment prêt pour le “grand saut” ? La décision n’est pas facile à prendre et nécessite avant toute chose de bien connaître et comprendre les spécificités et la psychologie de votre enfant.

L’ENFANT N’EST PAS UN ADULTE EN MINIATURE

Avant l’âge de 10 ans un enfant peut difficilement se débrouiller seul dans la circulation. À cause de sa petite taille, il ne peut pas voir au-dessus des voitures en stationnement et il est aussi caché à la vue des automobilistes. En plus il a une vision des choses radicalement différente de celle des adultes. Son champ visuel correspond à moins de la moitié de celui d’un adulte (70° au lieu de 180°). Il confond taille et éloignement : une petite voiture lui semblera plus éloignée qu’un gros camion. Il ne voit que par contraste : il met environ 4 secondes pour distinguer si une voiture roule ou est arrêtée. Aussi un enfant n’entend pas de la même manière que nous. Il ne peut pas déterminer avec précision la provenance d’un son. Il ne réagit qu’à un seul bruit à la fois (appel d’un camarade) et occulte tous les autres signaux sonores (bruit d’un moteur). L’enfant ne sait pas penser et réagir à plusieurs choses à la fois. Il est difficile pour lui d’observer en même temps le passage pour piétons, le “petit bonhomme vert”, les voitures… Pour lui jouer, bouger, être à l’heure à l’école ou à la maison, rejoindre ses parents de l’autre côté de la rue est plus important que d’observer la circulation. Plus grave encore, un enfant ne craint pas la mort. Pour lui la mort est comme un jeu. Il joue souvent à être mort, puis se relève et est à nouveau vivant. Il pense que rien ne peut lui arriver surtout si ses parents ou des adultes sont près de lui.

LE “SYNDROME DU NID”

Les personnes proches et les objets familiers de l’enfant tels que ses parents, ses frères et sœurs, les amis de la famille, ses camarades, ses copains, sa maison et son environnement donnant sur sa rue, ses lieux de jeu, son école et ses environs, etc., sont affectivement appropriés par l’enfant. Tous ces éléments semblent lui appartenir et, de ce fait, lui inspirent une confiance aveugle et un sentiment de sécurité très fort supprimant chez lui toute méfiance et tout comportement prudent. La raison de cette confiance démesurée découle également du fait que l’enfant n’a jamais enregistré dans sa mémoire d’événements malheureux liés à ces éléments et qui pourraient annuler ce sentiment de sécurité ou briser en lui cette confiance. C’est pourquoi il extrapole cette sécurité à toute la rue autour de sa maison ou de son école. C’est ce qu’on appelle le “syndrome du nid”.

Aussi sur le trajet habituel de l’école, les adultes doivent apprendre aux enfants à bien repérer les points difficiles du parcours ainsi que la signalisation à respecter. Il faut apprendre à l’enfant à rester continuellement attentif et éviter un enregistrement mécanique du parcours dans sa mémoire afin d’écarter tout comportement automatique et donc dangereux. Pour favoriser cette prise de conscience chez l’enfant rien de mieux que l’exercice suivant : l’adulte doit se laisser conduire par l’enfant sur le chemin de l’école. L’enfant devient alors acteur de son déplacement et se prend progressivement en charge plutôt que de s’appuyer exclusivement sur l’adulte.

NE PAS COURIR !

L’accident de l’enfant qui traverse la chaussée en courant est vraiment le type d’accident le plus fréquent. Il pense que sa sécurité en traversant est assurée par la vitesse avec laquelle cette traversée est effectuée. C’est pourquoi l’enfant traverse en courant un peu à l’image d’un chien ou d’un chat.

De plus, chez l’enfant, domine un automatisme direct entre l’œil et la commande des muscles, sans aucun contrôle cérébral intermédiaire. Il s’ensuit que le comportement de l’enfant est commandé directement par l’image qu’il voit, par exemple, celle de la balle qui s’échappe et qu’il faut rattraper immédiatement. L’enfant ressent alors le besoin de récupérer absolument cette balle. Il se comporte comme s’il portait des œillères qui l’empêchent de voir l’ensemble de la situation. De plus, un enfant cherche toujours à satisfaire ses propres besoins. Le jeu est le besoin le plus important et le plus naturel pour lui. C’est d’ailleurs à travers le jeu que l’enfant se développe et apprend. Il joue à lire, à écrire, à calculer. Tout est prétexte à jouer. Ainsi, pour lui, récupérer sa balle le plus rapidement possible passe avant l’observation de la circulation.

ATTENTION AU “PANURGISME”

Dans une enquête menée par l’Ifaplan de Cologne, il ressort qu’un parent sur deux estime qu’un enfant de 6 ans peut traverser seul une rue quand il y a un feu ou un passage protégé. Les parents ont tendance à surestimer les capacités de leurs enfants et à oublier que c’est seulement entre 6 et 10 ans qu’intervient le véritable apprentissage de la voie publique. La prudence impose de laisser le moins souvent possible un enfant se déplacer seul avant une dizaine d’années et de lui tenir la main même si aucune réglementation ne l’impose.

Un parent sur deux avoue traverser régulièrement au feu rouge en compagnie d’un enfant. Le problème c’est que l’enfant va avoir tendance à imiter le comportement de ses parents, c’est ce qu’on appelle le panurgisme. Pire, il en tirera des conclusions dangereuses de cette expérience. Il découvre que même en transgressant une règle, cela ne s’accompagne pas automatiquement d’une sanction ou d’un accident. Comme les adultes, il s’amusera lui aussi à jouer et transgresser la signalisation. Il aura d’autant plus tendance à aller vers cette extrémité qu’il en aura déduit qu’on ne peut pas se fier aux adultes qui donnent des conseils de prudence mais ne les appliquent pas eux-mêmes.

UN PASSAGE PAS VRAIMENT “PROTÉGÉ”

Dans l’esprit de la plupart des gens, le passage pour piétons est assimilé à un passage “protégé” qui serait censé protéger le piéton contre les autres usagers de la route. L’utilisation abusive de ce terme de passage “protégé” par les adultes induit une notion erronée chez l’enfant.

En effet, celui-ci s’imagine trop souvent que le passage pour piétons lui garantit une sécurité totale et qu’on peut y traverser la rue sans risque. C’est un lieu presque magique où il ne peut rien arriver quand on est dessus. En fait, l’expérience de la réalité manque à l’enfant et son impulsivité lui fait méconnaître les risques qu’il provoque et auxquels il s’expose lui-même. Il ne comprend pas que la priorité, soi-disant réservée aux piétons sur ces passages, est toute relative et exige de sa part autant de prudence que partout ailleurs.

En conclusion, chaque enfant devient autonome à son rythme. Mais jusqu’à 7-8 ans, son appréciation des dangers est insuffisante. C’est seulement à cet âge-là qu’il commence à en prendre conscience. Avant, il est déconseillé de laisser les enfants aller seuls à l’école.

On peut dire d’un enfant qu’il est complètement autonome à partir de 10-11 ans. Néanmoins, la question de l’âge ne règle pas tout : la nature du trajet à parcourir (court ou long, à pied, en bus, à vélo) et l’environnement (ville ou campagne), l’autonomie et la maturité de l’enfant sont autant de facteurs à prendre en compte pour autoriser ou non votre enfant à faire le “grand saut”.

QUELQUES CONSEILS

• Être visible (vêtements clairs, cartables à bandes réfléchissantes ou lumière s’il est à vélo).
• S’assurer que le trajet est court, simple et le refaire de temps à autre pour observer les éventuels changements (travaux, signalétique modifiée…).
• Ne pas laisser l’enfant partir seul s’il est en retard. La précipitation et la déconcentration peuvent l’entraîner à négliger les règles de sécurité.
• Reconnaître avec lui le parcours et identifier ensemble les dangers.
• Donner la main en toutes circonstances (si vous oubliez il doit la réclamer).
• Marcher du côté des maisons, jamais au bord du trottoir, afin d’être éloigné des voitures.
• Profiter d’une rue calme pour lui expliquer comment traverser la route sur un passage piétons : marquer un arrêt, regarder d’abord à gauche (c’est de là qu’arrivent en premier les voitures) puis à droite, et de nouveau à gauche, évaluer si les voitures sont assez loin, si elles arrivent vite et traverser sans courir.
• Montrer toujours le bon exemple, en tant qu’adulte, en toutes circonstances.

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