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01.04 | Et si l’on apprenait à partager la rue ?

Par Vincent CLEVENOT


Espace de circulation, l’agglomération est également un lieu de vie où différents usagers se côtoient quotidiennement. Tour à tour automobiliste, cycliste, piéton… chacun d’entre nous doit s’adapter aux conditions spécifiques de circulation des uns et des autres.

Une évidence… sauf dans la pratique

Parce qu’il accueille toute une palette d’usagers, le milieu urbain est complexe, notamment du point de vue de la sécurité routière. De plus, à l’opposé de la campagne, il n’est pas voué qu’au déplacement ; c’est aussi un lieu de vie, d’échanges, de résidence… cette zone de rencontre peut parfois devenir une zone de friction. Chacun commet des incivilités ou prend des libertés à l’égard de la règle en considérant souvent que ces comportements sont sans conséquences. Pourtant il convient de toujours garder à l’esprit que l’on est jamais seul sur la route, et qu’un concours de circonstances défavorables peut avoir des conséquences dramatiques. La courtoisie, le respect des règles et des autres usagers sont la base d’une bonne cohabitation. Une évidence pour tout le monde, sauf dans la pratique.
Premiers usagers montrés du doigt : les automobilistes, qui ont du mal à adapter leur vitesse en ville, qui surestiment leur capacité de réaction et qui respectent rarement les distances de sécurité. Rappelons qu’en agglomération la vitesse est limitée à 50 km/h, plafond qui n’a pas été fixé de manière arbitraire. A 60 km/h, il faut 8 m de plus pour s’arrêter qu’à 50 km/h, et un piéton percuté à 60 km/h a 85 % de risques d’être tué contre 30 % à 40 km/h.

Les autres usagers ne sont pas en reste. Une tradition semble s’être instaurée en ville pour les cyclistes, les cyclomotoristes, les personnes en roller et en trottinette, qui consiste à remonter les sens interdits, griller les feux rouges, doubler les véhicules par la droite, rouler de nuit sans éclairage… Le piéton, quant à lui, à tendance à traverser n’importe où en méconnaissance, le plus souvent, des feux censés assurer sa sécurité.

Communication et courtoisie

Un grand nombre d’accidents sont dus à des conflits d’usage. Pourtant le partage de la rue tient parfois à peu de choses.
Par exemple, en avertissant systématiquement les autres usagers de sa présence, de ses intentions, et des manoeuvres effectuées, on réduit considérablement les risques d’accident. Quoi de plus simple lorsqu’on circule à vélo de signaler son intention de tourner, d’un geste du bras vers la gauche ou la droite. Quoi de plus simple pour un automobiliste de mettre son clignotant lorsqu’il veut changer de direction ou allumer ses feux de détresse lorsque la circulation se trouve brusquement ralentie ou arrêtée. Ces règles élémentaires sont malheureusement trop souvent oubliées.

Il existe également des petits gestes, qui n’ont rien d’obligatoires, mais qui facilitent la cohabitation entre les usagers. Ce sont des petits gestes de courtoisie qui apportent un complément d’information. On peut, par exemple, indiquer à un piéton, hésitant devant un passage clouté, qu’on a compris son intention et qu’on va lui céder le passage. De la même manière on peut signaler à un automobiliste qu’on va le laisser quitter une place de stationnement pour s’immiscer dans la circulation.
La communication et la courtoisie sont la base d’une bonne cohabitation entre usagers.

De nouvelles zones de “cohabitation”

Face à l’intensification du trafic en milieu urbain, le Code de la route a évolué. Il permet désormais aux collectivités locales d’aménager des espaces de circulation favorisant la protection des usagers les plus vulnérables.

L’aire piétonne :
comme son nom l’indique, elle est dédiée aux piétons. Ils y sont prioritaires sur tous les véhicules sauf sur les tramways. Seuls les véhicules autorisés et les vélos peuvent y circuler et uniquement à l’allure du pas.

La “zone de rencontre” : elle est ouverte à tous les modes de transport.
Toutefois les piétons bénéficient de la priorité sur tous, à l’exception des tramways. Ils peuvent se déplacer sur toute la largeur de la voirie. La vitesse est limitée à 20 km/h.

La “zone 30” : dans cette zone, la vitesse des véhicules motorisés est limitée à 30 km/h. L’objectif est de créer un espace sécurisant pour les cyclistes et les piétons. Comme dans la zone de rencontre, toutes les chaussées sont à double sens de circulation pour les cyclistes.

Le point de vue de l’Automobiliste

Certains estiment que le partage de la route et une réduction de l’insécurité routière ne peuvent passer que par le respect du Code de la route et de la réglementation et que pour cela il est nécessaire de multiplier les contrôles routiers. Il faudrait que les automobilistes vivent dans un climat d’insécurité permanent pour que les mentalités et les comportements puissent changer.

S’il est vrai que la sanction reste un instrument nécessaire cette position mérite d’être nuancée. Il est important de ne pas s’en remettre exclusivement au droit pour améliorer notre manière de vivre ensemble. Il est indispensable de redonner sa place à l’éducation qui permettra aux individus de respecter des règles communes et à adopter un comportement acceptable par tous et pour tous. Cet apprentissage doit se faire avant tout à l’école et dans les familles et par la suite tout au long de la vie de l’automobiliste grâce à la mise en place de rendez-vous pédagogiques, obligatoires et périodiques.




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